POWDER MILL
New Mountain (2008)

Titles :

01 - New Mountain
02 - Highway Robbery
03 - Overpass
04 - Darkness Of The Sun
05 - Baby Yo Man
06 - Whose Hands
07 - Ozark Girl
08 - How Far We've Come
09 - What You Are To Me
10 - Meth Lab Blues
11 - The Devil And New Orleans
12 - Heaven Help Us

Personnal :

Jesse Hammock II : Lead Vocals/Guitars
Jeff Chapman : Guitars/Backing Vocals
Pat McSpadden : Basses/Backing Vocals
Andrew Bedell : Drums/Percussions

Additional Musicians:
Tommy Burroughs : Fiddle/Mandolin,
Dr. Bob : Harp

Ce groupe illustre parfaitement la schizophrénie musicale de ceux qui sont écartelés entre tradition et modernisme, entre les racines et l'actualité. Leur musique reflète cette dichotomie, et ce dès le premier morceau ("New Mountain"), qui débute par les grésillements familiers à ceux qui ont connu les glorieuses époques du 33 et même du 78 T, introduisant ce qui semble être un bon vieux folk traditionnel des familles du Middle West. Le voyage dans le passé ne dure pas bien longtemps et après quelques secondes dépaysantes, le morceau se transforme en rock lourd, électrique, sur un tempo très modéré, ponctué d'excellents soli de guitare, et qui se termine par un solo d'harmonica bienvenu. Par moments, la voix bien posée me fait penser à celle de Babach, de notre Natchez national. Le deuxième morceau ("Highway Robbery") emprunte aussi cette construction, avec une intro acoustique assez "hobo", sur laquelle se greffe une guitare électrique imitant l'avertisseur des gigantesques camions américains, et débouchant sur un puissant blues-rock, ponctué des stridences d'une six cordes bien saturée, et soutenu par une rythmique qui garde un son de guitare acoustique, ce qui, avec la partie de batterie, lui donne aussi un petit côté rockabilly.

Les trois morceaux suivants se tournent par contre résolument vers le côté traditionnel : deux country-folks typiques bien que traités de façon différente ("Overpass" met en avant un chant "dylanesque" –mais juste!- sur fond de guitare acoustique et de mandoline, alors que "Darkness Of The Sun", tout en reposant sur le soutien classique d'un tapis de guitares acoustiques et d'une basse basique et bien ronde, sur lequel virevolte un violon bavard en liberté, s'offre le luxe d'une curieuse fin "jazzrockeuse" originale et réussie illustrant l' éclectique talent de violoniste de Tommy Burroughs). Leur succède le plus bluesy "Baby Yo Man" au swing discret mais réel, là aussi doté d'une conclusion assez originale que je vais vous laisser découvrir…

Puis l'album bascule à partir du hargneux " Whose Hands", rock au riff torturé exécuté par des guitares tranchantes et orné d'un solo "hard" : on sent comme du Molly là-dessous. Malgré la courte pause de " Ozark Girl", ballade acoustique sur laquelle plane encore l'ombre du Zim', on sent la musique se durcir progressivement, d'abord modérément avec " How Far We've Come", bâti autour d'un petit riff acoustique et doté d'un bon solo de guitare en son clair, puis plus franchement avec " What You Are To Me", typique rock'n roll, bien ramoné, illustré par un remarquable solo de guitare bien amené et qui se dédouble avec beaucoup de tonicité en son milieu. Un éclair bienvenu dans un morceau, certes sympathique, mais assez traditionnel jusque là dans sa forme. " Meth Lab Blues", lourd, épais, enfonce le clou avec sa saturation, son tempo presque lent et un très bon solo à la wah-wah.

Nouvelle pause acoustique très country : "The Devil And New Orleans". On roule toujours sur un tempo très modéré, donnant cette fois le premier rôle aux guitares acoustiques et au violon, mais ce n'est que reculer pour mieux sauter : "Heaven Help Us" clôt furieusement l'album sur un quasi-stoner, massif, lourd à souhait, à la rythmique "tribale", empli de fréquences graves, de syncopes et breaks réglés au petit poil, au solo de guitare virtuose très "heavy", à mille lieues du morceau précédent, même si les dernières secondes du disque reviennent, après toute cette fureur, à la country traditionnelle des premières secondes de "New Mountain". Et voilà la boucle est bouclée!

Cet album laisse vraiment sur une impression de "Docteur Jekyll & Mister Hyde", avec partout une incontestable compétence musicale, mais aussi une étrange absence de morceau country-rock, à la Outlaws par exemple, comme s'il n'y avait que du vide entre un rock assez dur, souvent très lourd, et un country-folk-blues acoustique et très inspiré par la musique traditionnelle, tout ou rien quoi. Mais pour ceux qui ne prisent pas forcément une voie moyenne, voilà un album qui se laisse écouter avec beaucoup de plaisir et d'intérêt.

Y. Philippot-Degand