BLUESTONE COMPANY
Supernatural Delight 2008

Titles :

01 - S.S.S.
02 - Got Your Spell On Me
03 - Electric Rainbow
04 - Real Gate
05 - Song Of Yesterday
06 - Colonel Panic
07 - Stomp
08 - Rubber Necking
09 - Cissy Strut
10 - Desert Blues

Personnel :

Toshihiro Sumitomo - guitar
Yoshihiro Ogasawara - bass & synthesizer
Taizou Takafuji - drums
Taro Takagi - percussion & trumpet

Dès le premier morceau, le quatuor affiche ses intentions : vous êtes pris dans un véritable tourbillon sonore lacéré de slide et martelé par une basse très percussive. Et accrochez-vous bien, parce que ça ne va pas s'arrêter : tout au long, c'est du brutal, comme disait autrefois le regretté Audiard. Bien sûr, les morceaux ne sont pas tous identiques, loin de là même, et peuvent renfermer plusieurs climats différents en un seul titre. Certains vont jusqu'à véhiculer une parenté avec le blues ("Stomp", "Desert Blues"), mais on ne peut s'empêcher de penser, en écoutant cet album purement instrumental, à certains albums de la fin des années 80, où quelques shredders renommés rivalisaient de virtuosité à la tête de groupes censés les soutenir, mais dont on ne pouvait que remarquer l'excellence de la technique, ou aussi à cette opération montée par Copeland (Miles, le frère!) avec son label No Speak et ses "nights of the guitar".

Quelques passages sont par ailleurs aménagés pour que chacun se mette en évidence, même si Toshihiro Sumitomo se retrouve naturellement partout en position prééminente. Dès "Real Gate", Yoshihiro Ogasawara se lance dans un monstrueux solo de basse, et "Stomp" offre assez largement à Taizou Takafuji et à Taro Takagi l'occasion de s'illustrer. Leur complémentarité constitue d'ailleurs une des originalités du fonctionnement de Bluestone Company, et il apparaît clairement que ces deux-là ont dû aussi soigneusement écouter la polyrythmie du groupe des frères Allman.

Cet album au gros son, de toute évidence plus proche du métal que du Marshall Tucker Band, permet au groupe de renouer avec le principe d'un album instrumental tout en faisant montre d'un dynamisme, d'une énergie… et d'une technique instrumentale enviables. Si, pendant les années 80 –pour ceux qui étaient nés-, en attendant une fort improbable reformation de Skynyrd (comme quoi…), vous passiez une partie de votre temps à écouter les Satriani, Mc Alpine, E. Johnson et autres, cet album assez éloigné du Southern Rock typique risque de vous enthousiasmer. Cela n'interdit nullement aux autres de laisser (prudemment!) traîner une oreille, au besoin munie d'une protection en cas de volume élevé, et d'apprécier le formidable savoir-faire japonais en la matière. Croyez-moi, ça dépote!

Y. Philippot-Degand