CHUCK LEAVELL
Live in Germany Green Leaves & Blue Notes 14 September 2007


Titles:
CD 1
01 - In The Wee Wee Hours
02 - (Get Your Kicks On) Route 66
03 - Living In A Dream
04 - King Grand
05 - Honky Tonk Women
06 - Rip This Joint
07 - Comin' Home
08 - Down The Road A Piece
09 - Alberta, Alberta
10 - Band Introductions

CD 2
01 - Here Comes The Sun
02 - Tomato Jam
03 - Blue Rose
04 - Tumbling Dice
05 - Compared To What
06 - Jessica
07 - Georgia On My Mind
08 - Statesboro Blues
09 - Savannah

Personnel:
Chuck Leavell : Chant, Piano
Paul Hochstadter : Batterie
Christian Diener : Basse
Lutz Hafner : Saxophones
Frank Kuruc : Guitare

Guest:
Henning Eichler : Harmonica ("Statesboro Blues")

Voilà encore un bon disque, présentant de surcroît le parcours d'un musicien sympathique et reconnu unanimement par ses pairs. Ce disque a une curieuse histoire puisqu'il a vu le jour en Allemagne, où Chuck Leavell était resté à l'issue du "Bigger Bang Tour" des Stones, montant avec l'aide de Paul Hochstadter un combo de musiciens allemands renommés afin de tourner un peu. Invités à se produire dans une station de radio, les musiciens ont été enregistrés, et c'est ainsi que ces dix-neuf titres se retrouvent aujourd'hui sur le marché, pour notre plus grand plaisir.
Ce disque a plusieurs avantages : le premier est celui de retracer en quelques morceaux l'itinéraire du musicien Chuck Leavell, de l'influence de Ray Charles et des pionniers du rock ("Georgia On My Mind" respectueux mais sans pour autant se vautrer dans le pathos, comme trop souvent, "In The Wee Wee Hours" bien boogie) à ses albums solo (Forever Blue, avec " Comin' Home" - rien à voir avec le morceau de Lynyrd/Medlocke - dans une jolie et délicate interprétation, à nouveau "Georgia…", "Blue Rose", et le "southern jazzeux" Southscape avec "Tomato Jam" court mais sympa, "Savannah", "Statesboro Blues" qui bénéficie de la présence de Henning Eichler) en passant par ses diverses expériences musicales : l'ABB ("Jessica" bien enlevé avec Lutz Hafner s'occupant de la partie habituellement tenue par la seconde guitare, et encore "Statesboro Blues"), le jazz rock de Sea Level ("Living In A Dream", cool, " King Grand", un tantinet plus funky), le jazz ("Compared To What" de Les McCann et Eddie Harris), les Stones, aussi bien via leurs reprises ("(Get Your Kicks On) Route 66", " Down The Road A Piece"), que via les titres originaux ("Honky Tonk Women", " Rip This Joint" enthousiaste, "Tumbling Dice" doté d'un fin endiablée), le Beatle Harrison ("Here Comes The Sun" en version sobre mais pas dénuée de punch, où là aussi Lutz Hafner se place avec intelligence et efficacité dans l'arrangement), et son pote de toujours Clapton (via le traditionnel " Alberta, Alberta" qui valut à Chuck une citation sur l'album "Unplugged" pour sa prestation au piano). Bref, un grand tour général et assez hétéroclite, mais toujours traité avec beaucoup de soin, les musiciens recrutés en Allemagne soutenant impeccablement leur leader, sauf, curieusement au niveau des chœurs, totalement absents.
Cela nous amène tout naturellement au deuxième avantage : la "découverte" de Chuck Leavell chanteur en solo. Certes, cette facette de l'homme est connue des musiciens avertis pour son travail avec les Stones ou avec Clapton, mais là nous pouvons découvrir directement, et en évidence sur le mixage, son timbre de voix chaleureux. On comprend que des artistes importants lui aient laissé des responsabilités à ce niveau, car Chuck Leavell nous offre ici une prestation fort honorable, le seul bémol étant quelquefois sa tessiture limitée vers le haut qui se traduit par une difficulté évidente à faire correctement passer les aigus, ce qui peut même se traduire par une justesse ponctuellement approximative ("Living In A Dream"), au contraire du reste de sa production vocale (il ne faut pas oublier que nous sommes là au départ sur une émission de radio en direct, et donc sans possibilité de "re-re"). Du coup, pas besoin d'aller recruter un chanteur pour un répertoire souvent instrumental, Chuck Leavell se chargeant du job avec les honneurs, même si le manque d'harmonies vocales se fait de temps en temps sentir. C'est bien là un des rares reproches que l'on peut adresser à ces musiciens allemands, car pour le reste, il faut leur reconnaître un beau travail, propre et net tout en restant vivant.
Au final, Chuck Leavell nous livre là un album attachant, musicalement de haut niveau (son travail au piano reste un modèle), que l'on a plaisir à réécouter en raison de la qualité des arrangements, du swing discret qu'il exhale et de la maîtrise des instrumentistes, quel que soit le style abordé. Jacques Dersigny apprécie les albums que l'on écoute avec plaisir au coin du feu : en voici un!

Y. Philippot-Degand